A la place de mes idées
Que dans ma coupe j'ai vidées,
A les y noyer résolu,
J'ai dans la tête une araignée
A tapisser embesognée,
Ayant longs bras et corps velu.
Elle tisse dans ma cervelle
Sans cesse une chose nouvelle,
Que sans cesse je trouve bien.
Et, tout en tissant, elle chante
Un vers mystique qui m'enchante ;
Car je n'y puis comprendre rien.
Merveille de miséricorde,
Elle a d'abord tissé la corde
Où j'ai pendu mou vieux chagrin.
Elle a tissé les fines trames
Dont les perles qui sont mes femmes,
Pour se voiler, font leur écrin.
Elle a tissé des galeries
Pleines d'arabesques fleuries,
Pour que j'y loge mes gaîtés ;
Et de peur que son cher ivrogne,
En marchant, aux murs ne se cogne,
Elle a rembourré les côtés.
Sans prendre un denier dans ma bourse,
Elle tissera la Grande-Ourse
Et les Pléiades, si je veux ;
Et j'aurai cette joie immense
De sentir un ciel qui commence
Aux racines de mes cheveux.
Mais pour l'instant la bête est triste ;
Il faut du vin à cette artiste.
Enfant, à m'en verser sois prompt,
Pour que j'amuse l'araignée,
Si douce quand, de vin baignée,
Elle me chatouille le front.