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1860

L'Araignée

Armand RENAUD

A la place de mes idées Que dans ma coupe j'ai vidées, A les y noyer résolu, J'ai dans la tête une araignée

A tapisser embesognée, Ayant longs bras et corps velu. Elle tisse dans ma cervelle Sans cesse une chose nouvelle,

Que sans cesse je trouve bien. Et, tout en tissant, elle chante Un vers mystique qui m'enchante ; Car je n'y puis comprendre rien.

Merveille de miséricorde, Elle a d'abord tissé la corde Où j'ai pendu mou vieux chagrin. Elle a tissé les fines trames

Dont les perles qui sont mes femmes, Pour se voiler, font leur écrin. Elle a tissé des galeries Pleines d'arabesques fleuries,

Pour que j'y loge mes gaîtés ; Et de peur que son cher ivrogne, En marchant, aux murs ne se cogne, Elle a rembourré les côtés.

Sans prendre un denier dans ma bourse, Elle tissera la Grande-Ourse Et les Pléiades, si je veux ; Et j'aurai cette joie immense

De sentir un ciel qui commence Aux racines de mes cheveux. Mais pour l'instant la bête est triste ; Il faut du vin à cette artiste.

Enfant, à m'en verser sois prompt, Pour que j'amuse l'araignée, Si douce quand, de vin baignée, Elle me chatouille le front.

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