C'EST aujourd'hui qu'on est en larmes,
Qu'on revêt les habits de deuil,
Que la foule fait les vacarmes
En usage autour d'un cercueil ;
Car c'est aujourd'hui que le juste,
Le clairvoyant, celui qu'aima
Entre tous le prophète auguste,
Hussaïn, le fils de Fatma,
Après son père, après son frère,
Tous deux déjà martyrs et saints,
Sous le règne de l'arbitraire,
Fut tué par des assassins.
Les siens étaient soixante-douze.
Derrière un tertre il avait mis
Ses jeunes enfants, son épouse.
Dix mille étaient les ennemis.
Sous un ciel de feu, rien à boire !
Dix jours, le monde eut ce tableau.
Les hommes y gagnaient la gloire.
Les enfants demandaient de l'eau.
Enfin haché, méconnaissable,
Hussaïn à terre roula,
Et le sang fut bu par le sable
Dans le désert de Kerbéla.
Aussi, depuis l'aube, les bêtes
Pleurent dans les bois ; et du ciel
Les gouttes tombant sur nos têtes
Soit amères comme le sel.
Seul, je ne pleure pas, j'envie
Celui qui, pour l'amour d'Allah,
Vint souffrir et donner sa vie
Dans le désert de Kerbéla.