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1895

L'Ancêtre fauve

Armand RENAUD

TOUJOURS au guet, toujours par les herbes vaguant, Cossa, selon la chance, est chasseur ou brigand. Sa cuisse vaut un roc, son poing vaut une meule ; Sa mâchoire saillante a des aspects de gueule ;

Ses jambes, sa poitrine et ses bras sont velus. Et c'est dans le grand bois comme un fauve de plus. Pourtant cet indomptable a quelqu'un qui le dompte, Bandit d'esprit plus vif et d'action plus prompte,

Romulus, le grand chef qu'une louve a nourri Et qu'un tas de pillards doit suivre au premier cri. Or voici le signal attendu. Dans les antres

Tous ces gens ont bouclé la ceinture à leurs ventres, Aiguisé le couteau, pris la hache et l'épieu ; Et tous, maigres, hâlés, farouches, l'œil en feu, Voulant du blé, voulant du vin, voulant des femmes.

Ils s'élancent. Le chef a bien ourdi ses trames. Tous les biens qu'il leur a promis, ils les auront. Car la force étant là, chacun courbe le front. Et c'est ainsi que, pour la grande chasse à l'homme,

Cossa gagne la plaine où l'on va fonder Rome !

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