Si vous êtes de cette race Qui, s’indignant de voir le mal, Des gens affamés s’embarrasse Et craint de battre un animal,
De cette race ridicule Qui ne veut aimer que le beau, Et, loin du monde qui calcule, Prend le rêve pour son flambeau ;
Si vous n’adorez point la force, Si la pensée est votre Dieu, Si vous vous prenez à l’amorce D’un noble but et d’un ciel bleu,
Si la trahison hypocrite De l’amour ou de l’amitié Vous semble étrange et vous irrite, Vraiment vous me faites pitié.
Pour l’être brutal qui se vautre La terre a des jeux et des fleurs ; Mais des âmes comme la vôtre N’y font moisson que de douleurs.
Au moins cachez bien vos blessures ; Taisez-vous lorsque vous souffrez ; Les hommes ont des fanges sûres Pour en salir les inspirés.
Leurs allégresses les plus vraies Sont de diriger avec art Des coups d’épingle dans les plaies Dont l’idéal fut le poignard.
Ils vous ôteraient à vous-même La croyance qui vous sauvait, Vous n’entendriez que blasphème Et que rire à votre chevet ;
Et l’âme qui fut saluée Par les aigles, sur les hauteurs, Mourrait d’une ignoble huée, Dans les bas-fonds des insulteurs.
Moi qui crains surtout qu’on ne traîne Au ruisseau ma chère douleur, Qui veux bien subir la sirène, Mais non le stupide oiseleur ;
Pour les autres, je mets un voile Que rien ne puisse pénétrer ; Jamais une larme n’étoile Mes cils souvent prêts et ; pleurer ;
Et quand mon âme est un calvaire, Quand j’ai le cœur sur un brasier, Comme eux je fais sonner mon verre Et je fais rire mon gosier.
Cookies on Poetry Cove