Chaque soir, belle insatiable, Au souper de la volupté, C'est votre demande immuable Qu'on vous serve une nouveauté.
En vain l'on vous dit que sur terre On ne peut inventer toujours, Que nous sommes, par le mystère, Bornés en tout, même en amours ;
De l'inconnu terrible et sombre Sans cesse vous tentez l'assaut ; Vos désirs vont, à travers l'ombre, Toujours plus loin, toujours plus haut.
A quoi bon, à quoi bon, oh ! dites, Changer le vin des coupes d'or ? L'infini, dans ses soifs maudites, Toujours vous crîra : Change encor !
Si l'on s'arrangeait une vie, Chacun d'après son sentiment, Je ne ferais point mon envie D'un suprême raffinement.
Aussitôt qu'on en connaît une, On trouve aux voluptés d'après Une ressemblance importune, Gâtant les bonheurs les plus vrais ;
Le plaisir devient comme un gouffre Insaisissable entre vos bras ; Plus on est savant, plus on souffre, Remarquant mieux ce qu'on n'a pas.
Savez-vous quel serait mon rêve ? Qu'on fit de nous deux innocents, Autre Adam auprès d'une autre Ève, Dans le premier trouble des sens ;
Et non pas ces innocents louches, Êtres à l'esprit émoussé, Devant qui, par toutes les bouches, Le mot fut cent fois prononcé,
Enfants nés dans la tourbe humaine, Instruits de ce qui les attend, Du but où le désir les mène N'étant pas en peine un instant,
Mais deux virginités complètes, — Esprit et chair ne faisant qu'un, — Sans deviner les violettes, Aspirant déjà le parfum ;
Cherchant quel souffle les embrase, Quelle lumière emplit leurs yeux, Pris de gratitude et d'extase, D'étonnement prodigieux ;
Émus au toucher de leurs lèvres, Sans savoir que c'est un baiser ; Se livrant à toutes les fièvres, Sans pouvoir de rien s'aviser.
Autrefois, au matin des âges, Ce rêve étrange fut réel Dans les chatoyants paysages D'un paradis semblable au ciel.
Tout a fui dans la nuit immense, Cœurs d'azur, magiques reflets. Les rêves ! les rêves 1 démence. Dans une étreinte, étonnons-les !
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