QUAND à s'agiter sans but et sans cause On a trop brûlé son âme et ses yeux, Quand on se sent las, être assis repose, Se coucher est bon, et mourir vaut mieux.
Le sphinx au milieu du sable, Le sage dans la cité, Font leur socle impérissable De l'insensibilité.
Lama, fakir, bonze ou brahme, A quoi bon chants et sanglots ? Quand on fait mouvoir la rame, Voit-on plus clair sous les flots ?
Pas de forme dérisoire ! Être un espace béant ! Néant, la honte et la gloire. L'enfer et le ciel, néant.
Le vide est mon toit. L'abîme est ma couche. Je vois sans regards ; sans chemin je vais. J'entends sans oreille, et je bois sans bouche. Nul ne peut comprendre. Aussi je me tais.
La chair, l'esprit, erreur sans trêve ! La vie est du mal ; tout en est : Même le sommeil, car l'on rêve ; Même la mort, car l'on renaît.
Dieu moins sensé qu'un homme ivre, Ne pouvais-tu rester coi ? Quand rien ne tenait à vivre, Avoir tout créé, pourquoi ?
Il se peut que tu me damnes, O dispensateur du sort. Des plaignants briser les crânes N'empêche pas d'avoir tort.
En vain tu veux que je souffre Dans les mondes superflus. Dieu, des secrets de ton gouffre J'approche de plus en plus.
Le silence est dans ma bouche, Et le vide est dans mes yeux. Sans me fondre en Toi, j'y touche. Loin déjà sont tous les deux.
O mon idole, ô mystère, Tu fuis, mais je te poursuis. Comme entre l'eau dans la terre, En Toi, malgré Toi, je suis.
Une essence qui repose. Ni l'air, ni l'eau, ni le feu. Point d'effet et point de cause, Solitude. Nuit. Rien. Dieu.
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