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1860

Gazelles et Lions

Armand RENAUD

QUAND Medjnoun, loin de Léïla, Dans les déserts s'en alla, Au piège il prit mainte gazelle, Et la voyant, dit : « Voilà

Comme les yeux sont doux chez Elle. » Puis l'ayant prise, il délivrait La mignonne au fin jarret, Et suivait ses bonds dans l'espace,

En pensant : « Tel est l'attrait De Léïla quand elle passe. » Et quand un chasseur s'avançait Qui, pour égorger, chassait,

Il lui criait : « Va-t'en, blasphème ! Tuer des gazelles, c'est Comme la tuer elle-même. » Au désert, moi, si j'avais fui,

Ce qui vaincrait mon ennui, Ce serait le lion qui gronde ; Car je me dirais : « C'est Lui Dont résonne la voix profonde. »

Puis j'irais à l'antre écarté Qu'il dévaste en liberté, Pour y contempler son œil mâle, Où je verrais la fierté

De l'œil de mon cavalier pâle Et s'il avait soif, j'offrirais, Pour l'abreuver, mon sang frais, Tâchant d'oublier dans sa gueule

Le Maître qui manque auprès De ma passion toujours seule.

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