QUAND Medjnoun, loin de Léïla,
Dans les déserts s'en alla,
Au piège il prit mainte gazelle,
Et la voyant, dit : « Voilà
Comme les yeux sont doux chez Elle. »
Puis l'ayant prise, il délivrait
La mignonne au fin jarret,
Et suivait ses bonds dans l'espace,
En pensant : « Tel est l'attrait
De Léïla quand elle passe. »
Et quand un chasseur s'avançait
Qui, pour égorger, chassait,
Il lui criait : « Va-t'en, blasphème !
Tuer des gazelles, c'est
Comme la tuer elle-même. »
Au désert, moi, si j'avais fui,
Ce qui vaincrait mon ennui,
Ce serait le lion qui gronde ;
Car je me dirais : « C'est Lui
Dont résonne la voix profonde. »
Puis j'irais à l'antre écarté
Qu'il dévaste en liberté,
Pour y contempler son œil mâle,
Où je verrais la fierté
De l'œil de mon cavalier pâle
Et s'il avait soif, j'offrirais,
Pour l'abreuver, mon sang frais,
Tâchant d'oublier dans sa gueule
Le Maître qui manque auprès
De ma passion toujours seule.