NE sois pas jaloux, ô mon échanson brun ;
Ma blonde berceuse, oh ! pas de jalousie.
Restez l'un et l'autre, harmonie et parfum,
Qu'à vos deux beautés le buveur s'extasie.
Avec grâce, enfant, remplis ma coupe d'or
D'un vin près duquel le rubis semble pâle.
Vierge, prends sur toi ma tête qui s'endort,
Et tends-moi ma coupe avec tes doigts d'opale.
Le ciel bleu n'a point la haine du soleil ;
La myrrhe n'a point la haine du cinname.
Enlacez-vous donc pour sourire au sommeil
Qui dompte mon corps en exaltant mon âme.
Vous vous éclairez l'un par l'autre si bien,
Tel est le contraste entre vos formes nues,
Que, s'il me manquait l'un de vous pour soutien,
Je ne pourrais plus m'enivrer sous les nues.
Pose-toi, colombe ; aiglon, franchis l'azur.
Mon cœur cherche un nid, mon âme veut des ailes.
Rêver à vous deux, c'est en un joyau pur
Unir la rosée avec les étincelles.