LOIN des yeux du monde,
La mer est profonde,
Les palmiers sont hauts,
Les sables sont chauds.
S'il te faut les endroits vagues
Qui luisent en se mouvant,
O mon bien-aimé, les vagues
Livrent leur crinière au vent ;
L'œil sur l'onde, aux doigts la coupe,
Disparaissons en chaloupe,
Avec le rêve à la poupe
Et l'espérance à l'avant.
S'il te faut les endroits calmes
Où tout chante et tout bénit,
Viens au fond du bois des palmes,
Avec moi, choisir un nid,
Un nid où, morts pour la foule,
Nous vivions pour l'eau qui coule,
Pour le ramier qui roucoule
A l'heure où le jour finit.
S'il te faut les endroits mornes
Où le corps est châtié,
Allons au désert sans bornes,
Sous le soleil sans pitié ;
T'ayant là, je serai forte.
Mourir ! mourir ! que m'importe,
Si je partage, étant morte,
Ton sépulcre par moitié !
Loin des yeux du monde,
La mer est profonde,
Les palmiers sont hauts,
Les sables sont chauds.