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1860

Floraison

Armand RENAUD

DE dilater mon cœur le jour est venu ; L'amour doit vendanger ma vigne. Je sens, pour m'envoler au ciel inconnu, Qu'il me vient des ailes de cygne.

J'étais dans la fournaise, et ma chair brûlait, Et la fournaise était bien close. La fournaise devient un moelleux filet ; Tout charbon n'est plus qu'une rose.

Oh ! je serai jalouse ! Oh ! j'enchaînerai De mes cheveux ce cœur farouche. Mes baisers poseront un sceau consacré, Plus fort que la mort, sur sa bouche.

A personne je n'ai conté le bonheur Qu'à grand'peine mon cœur refoule ; Car nul ne m'a paru valoir cet honneur, Parmi les sages ni la foule.

Mais je l'ai dit tout bas aux flots bleus du ciel, A l'errant vaisseau de la lune, Même au vent printanier, au souffle duquel S'ouvre la fleur de ma fortune.

Qu'on ne me parle plus du palais des rois, Du paradis aux fraîches ondes, Je peux boire la terre et le ciel au choix. L'amour m'a donné les deux mondes.

Qu'on ne me parle plus de la Kaaba Où l'on baise la pierre noire. L'amour plus sûrement du ciel me tomba ; A lui seul mon baiser veut croire.

La rose blanche était le triste ornement De la vierge, aux langueurs en proie. Femme aimée, ôte-la ; mets pour ton amant La rose rouge de la joie.

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