LES cyprès du palais Ginisti sont superbes.
Vérone est à leurs pieds avec sa place aux Herbes,
Ses podestats aux fronts d'airain,
Son arène où le sol fut rougi par le glaive.
Et sa Julietta livrant son âme au rêve
Dans un abandon souverain.
Ténébreux et puissants, ces cyprès sont l'emblème
De tout ce qui dort là dans le repos suprême
Après l'existence d'un jour :
Orgueil immesuré, haine, souffrance, joie.
Art divin dont l'essor en plein ciel se déploie,
Troublante illusion d'amour.
Ces colosses muets sont bien les gardiens sombres
Qu'il faut pour surveiller l'essaim vague des ombres,
Sortant de leurs funèbres lits.
Et Ton croit voir frémir, en passant sous les branches,
Les fantômes obscurs et les visions blanches
Des vieux âges ensevelis.