MAINTENANT que mes armées
Ont fait partir en fumées
Les monarques et les cités ;
Qu'il n'est, dans toute l'Asie,
Qu'une loi : ma fantaisie,
Qu'une gloire : mes cruautés ;
Que les intrépides brutes
Qui m'ont servi dans mes luttes,
Du meurtre en moi soutiens constants,
Ont si bien rougi leurs piques
Que les poètes épiques
En auront pour plus de cent ans ;
Il est temps que je m'en aille,
Laissant ma fauve canaille
S'entre-tuer. Les chefs sont prêts.
Crapaud, chat, hibou, couleuvre,
Ils seront si chauds à l'œuvre
Qu'il n'en restera rien après.
Moi, las de mon métier rude,
J'en viens à la certitude
Que j'ai broyé le monde en vain.
Rien ne change par le glaive.
Mieux vaut, pour bâtir un rêve,
La moindre coupe avec du vin.