LES miroirs de Murano
Sont d'une eau
Dont la clarté peu commune
Est prise aux rayons de lune,
Aux feux de pur diamant
Que jette l'œil d'un amant,
Un soir de bonne fortune.
Qu'une dame aux cheveux longs.
Roux ou blonds,
Sortant du bain, nue, exquise,
Devant ce miroir soit mise.
Plus pur apparaît son corps,
Dévoilant ses chauds accords
Où la palette s'épuise.
Mais ces miroirs ne sont rien
Près du tien.
Reine des flots, qui dans l'onde
Penches la couronne blonde
De tes marbres ouvragés,
De tes portiques légers
Où ton passé vagabonde.
Dans la gondole au flanc noir,
Allons voir,
Couchés comme dans la tombe.
L'essaim de blancheur qui tombe
Pour se mirer dans les eaux.
Tous les amoureux oiseaux,
Désir, rêve, astre et colombe.
Et tous deux glissons sans bruit,
Jour et nuit,
Pour nous aimer davantage,
Dans cet incessant mirage
De l'azur clair et profond
Et de l'onde où se confond
L'étoile avec son image.