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1895

En Gondole

Armand RENAUD

LES miroirs de Murano Sont d'une eau Dont la clarté peu commune Est prise aux rayons de lune,

Aux feux de pur diamant Que jette l'œil d'un amant, Un soir de bonne fortune. Qu'une dame aux cheveux longs.

Roux ou blonds, Sortant du bain, nue, exquise, Devant ce miroir soit mise. Plus pur apparaît son corps,

Dévoilant ses chauds accords Où la palette s'épuise. Mais ces miroirs ne sont rien Près du tien.

Reine des flots, qui dans l'onde Penches la couronne blonde De tes marbres ouvragés, De tes portiques légers

Où ton passé vagabonde. Dans la gondole au flanc noir, Allons voir, Couchés comme dans la tombe.

L'essaim de blancheur qui tombe Pour se mirer dans les eaux. Tous les amoureux oiseaux, Désir, rêve, astre et colombe.

Et tous deux glissons sans bruit, Jour et nuit, Pour nous aimer davantage, Dans cet incessant mirage

De l'azur clair et profond Et de l'onde où se confond L'étoile avec son image.

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