Skip to content
1860

Dédoublement

Armand RENAUD

JE suis étendu dans la boue, Incapable de faire un pas ; Il viendrait la plus lourde roue Que je ne me lèverais pas.

Contre un poteau mon front s'appuie ; En haut, un homme est empalé ; Mordant mes haillons, une truie Pousse un grognement désolé.

De l'eau tombe, froide et gluante, D'un ciel noir comme le remords ; Une vermine remuante Ronge mon corps pareil aux morts.

Cependant, couverte d'un voile Qui l'enroule en plis gracieux, Jetant une lueur d'étoile, Une forme sort de mes yeux.

Avec lenteur elle s'allonge, Elle s'éloigne lentement, Vers mon bourbier privé de songe Tournant la tête par moment.

A l'horizon quand elle arrive, Voici que le noir horizon D'une immense lueur s'avive, S'épanouit en floraison.

Parmi les lys à tige fière, Les jasmins, les rosiers moussus, Serpente une large rivière ; Une barque ondule dessus,

Barque à la courbe égyptienne, Avec figures aux deux bouts. En poupe, une musicienne Tient sa harpe sur les genoux.

La forme aux blanches draperies Sur la barque vient se dresser ; Parmi les lointaines féeries Celle-ci se met à glisser ;

Et l'être couvert de mystère, Au firmament occidental, S'évapore, loin de la terre, Sous des portiques de cristal.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Dédoublement · Armand RENAUD · Poetry Cove