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1895

Cour d'amour

Armand RENAUD

Étant la sirène et la Muse, Étant le rire et le baiser, La duchesse veut qu'on s'amuse, La duchesse veut s'amuser.

Au jardin Boboli, la fête Se tient galamment dans un coin Ombragé de pins, sur un faîte D'où Florence apparaît au loin.

Aux marbres blancs de la terrasse Que midi décoche ses traits ! Des feux du soleil nulle trace Ne pénètre en ce réduit frais

Où sont, en bouquet, rassemblées Les belles dames de haut rang, Avec leurs coiffes emperlées Et leurs brocarts d'or fulgurant.

Et chaque dame a derrière elle Son cavalier qui lui sourit, Tient le drageoir, porte l'ombrelle Et lui rime des traits d'esprit.

Et buvant les vins de Sicile, Chantant, dansant, jouant du luth, L'œil mi-clos, la lèvre facile. Avec le seul amour pour but.

Tout le long du jour on demeure Dans un mol alanguissement, Sans rien voir au delà de l'heure, Sans rien goûter que le moment.

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