Étant la sirène et la Muse,
Étant le rire et le baiser,
La duchesse veut qu'on s'amuse,
La duchesse veut s'amuser.
Au jardin Boboli, la fête
Se tient galamment dans un coin
Ombragé de pins, sur un faîte
D'où Florence apparaît au loin.
Aux marbres blancs de la terrasse
Que midi décoche ses traits !
Des feux du soleil nulle trace
Ne pénètre en ce réduit frais
Où sont, en bouquet, rassemblées
Les belles dames de haut rang,
Avec leurs coiffes emperlées
Et leurs brocarts d'or fulgurant.
Et chaque dame a derrière elle
Son cavalier qui lui sourit,
Tient le drageoir, porte l'ombrelle
Et lui rime des traits d'esprit.
Et buvant les vins de Sicile,
Chantant, dansant, jouant du luth,
L'œil mi-clos, la lèvre facile.
Avec le seul amour pour but.
Tout le long du jour on demeure
Dans un mol alanguissement,
Sans rien voir au delà de l'heure,
Sans rien goûter que le moment.