QUAND tu viens à moi, je sens
Le frisson du vent nocturne,
Le désir, comme un encens,
Brûle en mon cœur qui sert d'urne.
Les cils flottant sur tes yeux
Me charment tant que j'en souffre ;
Je vais si loin dans les cieux
Que je me figure un gouffre.
Plus l'incarnat est puissant
De ta bouche si petite,
Plus elle est rouge de sang,
Ma blessure sans limite.
Tu me perces de poignards,
Et de baumes tu m'inondes ;
Aveuglés sont mes regards,
Tant tes clartés sont profondes !
Oh ! verse-moi tes cheveux.
Que ce vin musqué m'enivre !
Ne m'épargne pas. Je veux
Mourir à force de vivre.
Vers le ciel, comme la mer,
Hausse-moi par la tempête.
Sois le sabre ayant l'éclair
Quand il décolle une tête.