LE Rossignol, aimant la Rose,
Veut que la Rose aime à son tour ;
Mais pour lui la belle est morose
Et le laisse gémir d'amour.
De la fleur ce n'est point l'affaire,
due lui veut-il, cet oiseau brun ?
Pour un amant qu'il prétend faire,
Elle lui trouve l'air commun.
Et d'ailleurs n'est-ce point justice
Qu'une déesse ait un martyr ?
Que pour l'amour d'elle il pâtisse,
Est-ce de quoi se repentir ?
Il chante bien, et mieux il souffre ;
La Rose en a le cœur content.
On se plaît aux sanglots du gouffre,
Quand sans les craindre on les entend.
Oh ! que sans trêve l'oiseau saigne
Qui chante si bien son ennui !
De quelque douleur qu'il se plaigne,
Rose, sois sans pitié pour lui !
Car adieu sa voix immortelle,
Si tu le proclamais vainqueur.
Et ta pourpre, d'où viendrait-elle,
Sans les blessures de son cœur ?