J 'AVAIS une armure dorée, J'avais un sabre d'acier clair, J'avais une hache entourée De diamants lançant l'éclair.
Et le divin ami des Perses, Le soleil, recouvrait encor Toutes ces lumières diverses De sa grande lumière d'or.
Des troupes me suivaient, sans nombre, En tous lieux ayant fait la loi, Quand j'aperçus un homme sombre Arrivant en face de moi.
Il avait de même une armée, De même il arrivait vainqueur ; Il connaissait ma renommée, Je savais l'orgueil de son cœur.
Nous n'avions pas de faibles âmes A souffrir sur terre un rival ; L'un sur l'autre nous nous lançâmes, Seuls, entre nos camps, à cheval.
Brunes étaient toutes ses armes, Il portait un panache noir ; Aux esprits de la nuit des charmes Avaient relié son pouvoir.
Tout un jour dura la bataille ; Nous n'étions jamais triomphants. A notre bruit, à notre taille, On eût dit des chocs d'éléphants.
Prenant leur part de notre peine, Intelligents, cabrés, ardents, Mon cheval blanc, le sien d'ébène S'entre-déchiraient de leurs dents.
A la fin de notre journée, Les chevaux étaient morts, et nous, La peau par le fer sillonnée, Nous nous traînions sur les genoux,
Sur la terre de sang trempée A peine pouvant remuer, De nos derniers tronçons d'épée Nous nous cherchions pour nous tuer.
Le jour mourant livrait carrière Au noir monde artificieux, Quand son dernier jet de lumière De mon rival frappa les yeux.
Cela me donna la victoire. Pendant qu'il fermait son regard, Selon ma tâche obligatoire, Je l'achevai de mon poignard,
Lui disant : « Frère, meurs sans haine, Comme je serais mort sans fiel ; Le destin des êtres s'enchaîne A la rotation du ciel. »
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