Des cabarets aux rideaux rouges,
Des concerts aux refrains discords,
Des couloirs tortueux des bouges,
Où vaguement grouillent les corps
Embusqués dans les encognures,
Du fond des ruelles obscures
Que ferme un hangar incertain.
Des bancs perdus, des tas de fanges,
Ils émergent, spectres étranges.
Quand sonne une heure du matin.
Ce sont les sauvages modernes
Qui se glissent dans la cité,
Plus fauves que Tours des cavernes
Au temps du monde inhabité.
Pétris de misère et de haine,
De nos lois maudissant la chaîne.
Ils vont en quête de butin,
Prêts, pour lui dérober sa montre,
A poignarder qui les rencontre.
Sur les deux heures du matin.
Que leur importe la science.
Le progrès montant pas à pas ?
Dans la lutte pour l'existence,
Ils savent qu'ils ne comptent pas.
Aussi n'ont-ils qu'une pensée.
Qu'une vision pourchassée
Comme un paradis clandestin :
En festoyant chercher la joie
Tandis qu'agonise leur proie,
Sur les trois heures du matin.
Plus qu'eux la loi, sans doute, est forte :
Par son glaive qui les attend.
Ils seront frappés. Mais qu'importe !
Pourvu qu'ils aient eu leur instant,
Qu'ils aient protesté par le crime
Contre un ordre qui les opprime
En les rivant à leur destin
Pour eux que l'échafaud s'apprête
Ils le salueront de la tête.
Sur les quatre heures du matin.