LE Rossignol conte à la lune
Les chagrins qu'en amour il a,
Combien grande est son infortune
Depuis que son cœur se troubla.
Il se plaint que sa bien-aimée,
La Rose, gloire du jardin,
Quand il chante sa renommée,
Ferme son cœur avec dédain.
« Le jour, dit-il, elle aime à vivre.
Son odeur est un encensoir.
De sa beauté chacun s'enivre
Depuis l'aurore jusqu'au soir.
« Mais, pendant les nuits où la lyre
Est moins douce que mon gosier,
Adieu l'ardeur et le délire ;
La Rose dort sur le rosier.
‒ Hélas ! c'est la règle éternelle,
Répond la lune au Rossignol.
Si rapide que soit une aile,
L'amour est plus prompt dans son vol.
« Moi, depuis que le monde existe,
C'est le soleil que je voudrais.
Toujours je le suis, pâle et triste,
Sans jamais en être plus près. »