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1860

Bulbul et le Merle

Armand RENAUD

LE geai bleu qui bavarde et qui tranche, Le coucou qu'on entend sans le voir, Le pivert voltigeant sur la branche, De Bulbul font leur jeu chaque soir.

Et troublant le rêveur au chant triste, Un vieux merle, oiseau noir et siffleur, Tant qu'il peut, va criant : « Pauvre artiste, A quoi bon vivre ainsi de douleur ?

" Ne peux-tu laisser là l'indocile Qui t'afflige en disant toujours non ? D'autres fleurs ont l'accès plus facile. Si tu veux, je connais plus d'un nom. »

Le chanteur lui répond : « Tous mes rêves Vers la Rose à jamais s'en iront. Dieu, qui fait mourir l'eau sur les grèves, Tient mes yeux arrêtés sur son front.

‒ C'est un sort bien cruel, dit le merle. Mieux vaudrait n'être rien, comme moi, Que d'avoir pour gosier une perle Et de vivre enchaîné comme toi. »

Mais l'oiseau ténébreux lui soupire : « Mon malheur est moins grand que le tien. Demeurer sans amour, c'est le pire. Mon cœur vibre, et ton cœur ne sent rien. »

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