UNE houri, tenant en main la coupe
Chère aux élus de l'Éden toujours frais,
Vint sur la terre, et vit l'éternel groupe
Fait par la Rose et Bulbul triste auprès.
Le tendre oiseau modulait son angoisse
Sur les rigueurs qu'il lui fallait souffrir.
La vierge dit : « La Rose au vent se froisse ;
Viens dans l'azur voir les astres fleurir.
« Viens ! j'ai pour toi des bois remplis de mousse,
Des nappes d'eau, des pavillons ombreux.
Viens ! à ta voix si flexible et si douce
J'enseignerai les chants des bienheureux.
« Pauvre plaintif, s'il te faut des caresses,
Tu t'en iras aux lèvres de mes sœurs ;
Tu connaîtras le fond des allégresses
Et le vertige atteint par les douceurs. »
Bulbul voyait luire en haut la Grande-Ourse ;
De la houri l'œil profond l'attirait ;
Du Paradis il eût aimé la source,
Les pavillons, les fleurs et la forêt.
Jamais il n'eut de bonheur dans la vie.
Pour lui toujours la Terre est sans merci.
Qu'il parte donc vers le ciel, son envie !
L'œil sur la Rose, il dit : « Je reste ici. »