DRAPEAUX militaires, symboles De la patrie et du devoir, Les plus légitimes idoles Qu'une nation puisse avoir,
Dans vos plis flotte l'espérance, Le mystère des jours futurs ; Vous êtes le vol de la France, S'élançant dans des cieux plus purs.
Le coq gaulois, les lys, les aigles A terre ont roulé tour à tour. Dans les champs, l'épaisseur des seigles Recouvre leur éclat d'un jour.
Au sommet de vos hampes neuves Ces vieux emblèmes ne sont plus ; Trop de tempêtes, trop d'épreuves Les ont emportés dans leur flux.
Les bravos, les bruits de fanfare Qui les accueillaient ont cessé. Il n'est resté debout qu'un phare Du monde avec eux renversé.
Ce feu qui jamais ne varie, Qui luit sans cesse à tous les yeux. C'est le phare de la Patrie, C'est le legs sacré des aïeux.
Mais voici des clartés nouvelles. Vers ces lointains de l'avenir. De l'idée aurez-vous les ailes, Les ailes pour vous soutenir ?
Des ailes cherchant la justice Et la liberté sans repos, Fuyant toute gloire factice, Aurez-vous ces ailes, drapeaux ?
Irez-vous droit, sans défaillance. Vers ce monde du lendemain. Ayant le progrès pour croyance Et pour amour le genre humain ?
Aujourd'hui, c'est bien. C'est la foule, Les clameurs montant par milliers, Le défilé du train qui roule. Le cliquetis des cavaliers.
C'est bien ; on espère, on oublie. Mais à ce fracas palpitant Se mêle une mélancolie. Pour qui se recueille un instant.
Car il pense aux fêtes pareilles. Pour d'autres drapeaux, autrefois : Trônes fastueux, chants, merveilles — Et plus rien : drapeaux ni pavois !
On avait pourtant, comme garde. De vieux régiments à chevrons. L'Europe devenait blafarde Dès qu'on soufflait dans les clairons.
Oh ! les conquérants, les armées Foulant aux pieds les nations ! — Rien que poussières et fumées, Après tant d'acclamations !
Vous, drapeaux de la République, Pour aller plus loin et plus haut, Pour que votre éclat symbolique N'ait pas de déclin, ce qu'il faut,
C'est qu'à servir les bonnes causes Toujours prêts, toujours les premiers, Vous affranchissiez toutes choses. Et que jamais vous n'opprimiez.
Alors les peuples, dans leur ombre. Se tournant vers votre clarté. Salueront de leurs voix sans nombre L'aurore de leur liberté.
Et, quelque destin qui s'attache A vous, triomphants ou brisés, Votre honneur restera sans tache Sur vos lambeaux éternisés.
Parfois, de ses rouges fumées L'incendie, en son flamboiement, Éclipse les lueurs aimées Des étoiles du firmament ;
Et parfois, de même, la force. Pour un jour de triomphe étroit. Fait croire à l'éternel divorce De la victoire avec le droit.
Mais le feu s'éteint ; les désastres Sont tout ce qui reste de lui. Et de nouveau luisent les astres, Comme la veille ils avaient lui.
Que, triomphant de tous les voiles, A vos sommets, les flammes d'or Soient pour tous comme ces étoiles Que nul n'a vu s'éteindre encor,
Ces étoiles dont nul ne doute, Et qui, pôles de leurs travaux. Aux chercheurs désignent la route Pour trouver les mondes nouveaux !
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