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1897

SCHAOUL

Pierre QUILLARD

En ces jours, Élohim lui refusant son ombre, Schaoul, enfant de Qisch, était semblable au mort Délaissé, que la dent des bêtes fauves mord, Et les esprits du mal rongeaient son âme sombre.

Il errait à travers les routes d'Israël Poursuivi sans repos par la meute tenace Et d'âpres aboiements de haine et de menace Hurlaient autour de lui dans l'abîme du ciel.

Rien ne transfigurait ses mornes destinées. Nulle trêve : ni les paroles des nabis Ni la chair des béliers ni la chair des brebis N'écartaient de son cœur les gueules forcenées.

Et même dans la fête héroïque du sang, Quand les vaincus, après les sauvages victoires, Montaient vers le Très-Haut en feux expiatoires, Les crocs inassouvis lui déchiraient le flanc.

Alors on fit venir vers le roi taciturne David de Bethléem, le joueur de kinnor, Dont l'incantation charmait les astres d'or Tandis que ses troupeaux paissaient l'herbe nocturne,

Et comme les chacals rentrent aux creux des monts Quand le veneur paraît sur les rocs granitiques, Mêlant sa voix d'enfant aux cordes prophétiques David, plein d'Iahveh, chassa les noirs démons.

Homme, Schaoul des temps infinis, saigne et pleure : Les carnassiers hideux suivent sur ton chemin La trace de tes pas, hier, aujourd'hui, demain, Toujours : le changement de la forme et de l'heure

N'écartera jamais la horde des ennuis Et tu te traîneras dans l'horreur sans limite Sans ouïr le Kinnor et le Bethléémite Qui te ferait des jours pareils aux belles nuits.

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