Une lourde vapeur rôde sur les prairies ;
La plaine calme dort au chant prochain des eaux
Et le vol pacifique et lent des grands oiseaux
Traîne des filets d'ombre aux flots d'herbes fleuries.
L'or brusque du soleil déborde dans l'azur
Et jaillit de la neige ardente des nuées ;
Puis le ciel morne enclôt les splendeurs refluées
Dans ses digues de fer éblouissant et dur.
Des cris surnaturels et des glaives d'archanges
Bruissent dans l'éther magiquement : des voix
Rauques sonnent l'appel d'invisibles tournois
Où se heurtent des dieux et des guerriers étranges.
Les étalons vautrés dans le tiède gazon
Comme au ressouvenir épique des mêlées,
Éperdument, de leurs prunelles affolées
Parcourent l'étendue immense et l'horizon,
Et par delà le sable héroïque des grèves
Regardent, les naseaux gonflés d'un souffle amer,
Sur la montagne bleue et verte de la mer
Blanchir en galop fou les cavales des rêves.
Convulsifs et dressés sur leurs jarrets tremblants,
Le col tendu vers les chimériques crinières
Ils sentent comme aux jours des fièvres printanières
Les désirs infinis aiguillonner leurs flancs.
Mais leur chair glorieuse en proie aux frissons vagues
Dédaigne désormais les vieilles voluptés
Et le vain désespoir de leurs cœurs indomptés
Hennit lugubrement vers le troupeau des vagues.