Cet homme était venu vers le Maître des pleurs
Oubliant pour le Christ les lyres et les roses,
Comme un vendangeur las qui de ses mains décloses
Laisse choir les raisins et les grappes de fleurs.
Il avait délaissé pour les routes d'épines
Les portiques de marbre auprès des flots marins.
Sous le cilice dur qui lui mordait les reins,
Il marchait loin du jour vers les ombres divines.
Or il vivait au fond des bois mystérieux,
Suivi par un troupeau de bêtes familières,
Et des oiseaux volaient autour de ses prières
Et des rêves de ciel illuminaient ses yeux.
Mais toujours, tel qu'un vol blond d'abeilles essaime
Et retourne en vibrant aux ruches d'autrefois,
Par les soirs langoureux chargés des douces voix
Et des parfums charnels que le Mauvais y sème,
Son âme s'envolait vers les jours révolus :
L'ancien verbe d'amour caché dans l'Évangile
Faisait fleurir au bois les nymphes de Virgile
Et des faunes lascifs montraient leurs fronts velus.