Petite âme, Psyché mélancolique, dors, Lys d'aurore surgi des heures ténébreuses, Tes bras souples et frais et tes lèvres heureuses Ont rajeuni mon cœur et réjoui mon corps.
Et tu m'as cru, petite âme blanche et farouche, Tel que ton désir vierge encore me voulait Pendant tes longs baisers de miel pur et de lait, Tant que l'ombre a menti comme mentait ma bouche.
Nulle parole et nulle étreinte et nul baiser N'ont trahi la douleur secrète du cilice ; Mais éveillée avec l'aube révélatrice Tu frémissais, Psyché fragile, à te briser,
Si le jour désillant ta paupière sereine Au lieu du doux vainqueur que rêvait ton émoi Te décelait mes poings crispés même vers toi Et mes yeux éperdus de colère et de haine ;
Car je te hais de tout ton amour, ô Psyché, Pour les jours à venir et les futures heures Et les perfides flots de larmes et de leurres Qui jailliront un jour de ton être caché.
Mais avant que la nuit divine m'abandonne, Avec le dur métal des gouffres sidéraux Je forgerai le masque amoureux d'un héros, Rieur comme l'Avril, grave comme l'automne ;
Mort vivant sur les lèvres mortes d'un vivant, Le masque couvrira ma face convulsée ; Et maintenant que l'aube éclate ! O fiancée Chez qui la femme, hélas ! va survivre à l'enfant.
Éveille-toi, rouvre ta bouche qui s'est tue, Tu n'entendras de moi que paroles d'orgueil Et je me dresse sous les morsures du deuil Lauré d'or et pareil à ma propre statue.
Cookies on Poetry Cove