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1897

POUR UNE ABSENTE

Pierre QUILLARD

Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir, Immobile, oublieux des rafales d'automne Qui font les frondaisons se rouiller et jaunir Et de la mer roulant sa plainte monotone ;

Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir. Le demi-jour filtrant des étoffes tendues Sera doux et propice à mon cœur nonchalant, Quand je l'évoquerai du fond des étendues,

Et sa voix emplira d'un hymne grave et lent Le demi-jour filtrant des étoffes tendues. J'aurai la vision chère devant les yeux : Le souffle parfumé de l'ineffable Absente

Flottera pour moi seul dans l'air silencieux, Subtil comme une odeur de fraise dans la sente ; J'aurai la vision chère devant les yeux. Et je dirai tout bas ma tendresse latente ;

O cœur lâche, tremblant et révolté, je veux Que ton intime amour se révèle et la tente : Tu te résigneras à l'effroi des aveux Et je dirai tout bas ma tendresse latente.

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