Une écume de fleurs, blanche et rose, s'étale
Sur la mer onduleuse et mouvante des prés
Où ruisselle le flot des trèfles empourprés,
Tandis que montent vers le nue orientale
Le meuglement des bœufs et la rumeur des blés.
Le souffle langoureux des brises musicales
Chante dans les sainfoins en fleurs un hymne lent
Et grave et sous les rais du soleil aveuglant
Une fuite éperdue et grise de cigales
S'enlève et vibre, au ras de l'herbe, en sautelant.
L'équipe de pêcheurs tire la grande senne
A basse mer, avant les vagues et le flux ;
Et nul des rudes gars n'est manchot ni perclus,
Mais l'effort fait saillir et gonfler leur chair saine
Et les veines des bras musculeux et velus.
Le soleil tombe et des grappes de lilas sombre
Fleurissent la forêt marine où Téthys dort
Sous un voile de pourpre aux filigranes d'or
Que trempe dans le sang de la clarté qui sombre
L'invisible ouvrier du fabuleux décor.
Le ciel est gris comme une aile de tourterelle
Que teinterait un peu de rose veiné d'or ;
Là-bas, le cap lointain dont la mâchoire mord
L'horizon sombre est las de sa longue querelle
Et la brume a brisé les dents du monstre mort.