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1897

PETITS PAYSAGES

Pierre QUILLARD

Une écume de fleurs, blanche et rose, s'étale Sur la mer onduleuse et mouvante des prés Où ruisselle le flot des trèfles empourprés, Tandis que montent vers le nue orientale

Le meuglement des bœufs et la rumeur des blés. Le souffle langoureux des brises musicales Chante dans les sainfoins en fleurs un hymne lent Et grave et sous les rais du soleil aveuglant

Une fuite éperdue et grise de cigales S'enlève et vibre, au ras de l'herbe, en sautelant. L'équipe de pêcheurs tire la grande senne A basse mer, avant les vagues et le flux ;

Et nul des rudes gars n'est manchot ni perclus, Mais l'effort fait saillir et gonfler leur chair saine Et les veines des bras musculeux et velus. Le soleil tombe et des grappes de lilas sombre

Fleurissent la forêt marine où Téthys dort Sous un voile de pourpre aux filigranes d'or Que trempe dans le sang de la clarté qui sombre L'invisible ouvrier du fabuleux décor.

Le ciel est gris comme une aile de tourterelle Que teinterait un peu de rose veiné d'or ; Là-bas, le cap lointain dont la mâchoire mord L'horizon sombre est las de sa longue querelle

Et la brume a brisé les dents du monstre mort.

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