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1897

PAR LA NUIT D'AUTOMNE

Pierre QUILLARD

Par l'automnale nuit la terre se résigne, Muette sous le fait des ombres tumulaires : Nul astre en qui survive un espoir d'aubes claires, Un espoir de matin crevant son œuf de cygne.

Les soleils d'autrefois fermentent dans la vigne. Maintenant au pas sourd de noires haquenées, Sans faire gémir l'herbe ou résonner la roche, Tel qu'une chevauchée impitoyable, approche

Le troupeau saccageur des suprêmes journées. Un parfum triste vient des grappes condamnées. Demain l'or et le sang des étoiles sublimes Seront déshonorés par la soif de la horde ;

Mais voici qu'une pluie invisible déborde Et tombe lentement des sinistres abîmes. Serait-ce pas les Dieux qui pleurent leurs vieux crimes ? O Dieux, je ne sais pas quel Léthé vous enivre

De poisons plus amers que le fiel des Lémures : Que vous importe à vous, la mort des grappes mûres Et le viol raillé par le bruit vil du cuivre ? Les pampres desséchés ne veulent pas revivre.

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