L'enfant né de la terre et libéré par elle
Tendit, farouche et nu, son torse impérieux
Hors de l'antre où mourait la nuit surnaturelle ;
Mais la brusque splendeur du soleil et des cieux,
Lacérant l'ombre avec des griffes empourprées,
Ne fit pas tressaillir l'eau calme de ses yeux.
Désormais dédaigneux des fontaines sacrées,
Il buvait puissamment la lumière et l'orgueil,
O ténèbres en pleurs, ô mères éventrées !
Et quand il eut vaincu les lianes du seuil
Et déployé sa chevelure dans l'aurore,
Les arbres lui chantaient un chant de bon accueil.
Dans l'allégresse de la force qui s'essore
Il marchait à travers la natale forêt,
Attentif aux frissons du feuillage sonore ;
Autour de lui le vol des abeilles vibrait
Et le miel embaumant ses lèvres fatidiques
Révélait à son cœur l'ineffable secret
De la vie immortelle et des sèves antiques.