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1897

MARE TENEBRARUM

Pierre QUILLARD

Durant les jours de brume et les soirs sans étoiles Le vent triste a fané la pourpre de nos voiles ; Mais nos cœurs s'attardant aux soleils révolus Oubliaient le deuil vain des flux et des reflux.

La barque tressaillait de la poupe à la proue Avec le ronflement d'un cheval qui s'ébroue ; Mais nos cœurs enchantés de chants évanouis Oubliaient la clameur des vagues et des nuits.

Hier l'Aurore brusque a jailli de nos rêves ; Le marbre bleu des mers et l'or fauve des grèves Éblouissaient nos yeux brûlés par les embruns Et le dragon rostral s'enivrait de parfums.

Mais l'ombre en flocons noirs a neigé sur nos âmes, L'ombre que nul soleil ne fondra de ses flammes Et déjà le dragon, loin des havres heureux, Mord les antiques flots glacés et ténébreux.

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