Durant les jours de brume et les soirs sans étoiles
Le vent triste a fané la pourpre de nos voiles ;
Mais nos cœurs s'attardant aux soleils révolus
Oubliaient le deuil vain des flux et des reflux.
La barque tressaillait de la poupe à la proue
Avec le ronflement d'un cheval qui s'ébroue ;
Mais nos cœurs enchantés de chants évanouis
Oubliaient la clameur des vagues et des nuits.
Hier l'Aurore brusque a jailli de nos rêves ;
Le marbre bleu des mers et l'or fauve des grèves
Éblouissaient nos yeux brûlés par les embruns
Et le dragon rostral s'enivrait de parfums.
Mais l'ombre en flocons noirs a neigé sur nos âmes,
L'ombre que nul soleil ne fondra de ses flammes
Et déjà le dragon, loin des havres heureux,
Mord les antiques flots glacés et ténébreux.