La native blancheur du cygne paternel.
Vêt de neige le corps adorable d'Hélène,
Et l'eau du fleuve bleu qui glisse dans la plaine
Baigne ses yeux d'enfant profonds comme le ciel.
Elle va : ses regards de déesse ingénue
Que jamais la tristesse impure n'a troublés
Errent nonchalamment sur les flots blonds des blés,
Et les hommes pensifs tremblent à sa venue.
Elle évoque l'horreur future des destins
Et verse le frisson des luttes fatidiques
Aux guerriers à venir assis sous les portiques,
Dont les yeux éblouis suivent ses pas lointains.
L'effroi religieux issu de ses prunelles
Ardentes d'incendie et de fauves clartés
Saisit étrangement les cœurs épouvantés
Et pleins de visions sombres et solennelles.
Passe, vierge terrible au col souple et nerveux :
L'inexpiable sang pour les siècles macule
Ton front clair comme un jour d'été sans crépuscule
Et la mort des héros surgit de tes cheveux.
Passe, reine d'amour, semeuse de désastres,
Dans ta robe de gloire et de sérénité,
Et vois fleurir les deuils autour de ta beauté,
Sous tes regards pareils aux rayons froids des astres.
Tu brilles dans la nuit des âges révolus
Et les derniers amants des formes triomphales
Contemplent au delà de l'ombre et des rafales
Tes yeux dont la splendeur ne s'abolira plus.