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1897

LES FLEURS NOIRES

Pierre QUILLARD

Au bord de quels sinistres lacs d'eau lourde et sombre, O ténébreuses fleurs plus vastes que la mort, Les dieux muets du soir et les dieux froids du nord Tissent-ils votre robe d'ombre ?

Vos abîmes de nuit dévorent le soleil ; Le jour est offensé par vos voiles de veuves Et vous avez puisé sans peur aux mornes fleuves L'onde farouche du sommeil.

O fleurs noires, le vent de l'aube vous balance : Mais nul parfum d'amour ne s'exhale de vous, Chères, et vous versez dans les cœurs las et fous L'incantation du silence.

La vie épand en vain ses perfides douceurs ; La pourpre du printemps inutile flamboie : Votre deuil rédempteur libère de la joie ; Salut, impérieuses sœurs.

Je vous aime et je veux dormir, soyez clémentes : Je ne troublerai pas votre calme immortel Et, là-bas, j'oublierai, loin du jour et du ciel, La bouche rouge des amantes.

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