Sur la grève qu'avaient souillée
Les conquérants et les héros,
Près de la mer pacifiée
Pleine des frissons auguraux,
Les poings perdus dans les crinières
De leurs chevaux roses et blancs,
C'étaient les bonnes aumônières
Qui reviennent tous les mille ans.
Cymodoce, Aglaure, Euryanthe,
Au caprice d'un galop fou
Elles passaient ; leur flamboyante
Chevelure brûlait leur cou.
Lèvres douces comme la soie,
Lumineuses comme les cieux,
Elles chantaient un chant de joie
Vers l'Océan mystérieux.
Tandis que vibraient des abeilles
Autour des étalons loyaux,
Elles plongeaient dans des corbeilles
Leurs bras riches de lourds joyaux
Et brandissant leurs mains sacrées,
Bonnes au yeux chargés de pleurs,
Parmi les vagues empourprées
Semaient d'impériales fleurs ;
Car les coroles millénaires
Éparses en vol d'Orient
Calment les antiques colères
Et charment le vieil Océan.