Et le prince vivait dans l'île d'Avalon. Des parterres de fleurs caressaient ses prunelles ; Les calices des lys s'ouvraient en ce vallon Éperdument, vers les étoiles fraternelles ;
Les paons constellés d'yeux luisaient sous les halliers Or mobile, tremblant saphir, vivante flamme Et les fruits mûrs pendus aux vastes espaliers Versaient un opulent arôme de cinname,
Tandis que, dans le parc peuplé par des sylvains Et des faunes bordant les larges avenues, Le clair de lune épars sur les marbres divins Faisait étinceler la chair des nymphes nues.
Et le prince sur la terrasse du palais Inclinait vers le sol ses doigts chargés de bagues Et regardait, là-bas, sous les cieux violets, Fuir des vaisseaux fleuris par la houle des vagues.
«Passez, je vous envie, ô frères ignorés, Que les vents furieux emportent sur le gouffre ; Je ne la connais plus et vous la reverrez La terre désirable où l'homme pleure et souffre.
Je suis venu vers les rivages interdits Pour obéir aux voix des blanches fiancées Et mon âme succombe au poids des paradis Ainsi que les joyaux chargent mes mains lassées.
Pour éveiller en moi d'immortelles douleurs Dont la mémoire accrût mes extases futures, J'ai déchaîné des sangliers parmi les fleurs ; Mais les fleurs renaissaient plus belles et plus pures.
J'ai voulu renverser le palais merveilleux Et je l'ai revêtu de rouges incendies, Mais des colonnes d'or surgissaient à mes yeux Et portaient jusqu'au ciel les voûtes agrandies.
Et lorsque j'ai tué la vierge que j'aimais, Espérant rompre enfin les ineffables charmes, L'enfant ressuscitée a vaincu pour jamais Par des baisers plus doux ma tristesse et mes larmes.
Pour moi, le flot des jours s'écoule vainement ; Vainement le soir tombe et l'aurore rougeoie : Enveloppé de rêve et d'éblouissement Je suis le prisonnier de l'immuable joie.»
Ainsi par cette nuit d'étoiles, il parlait : Les fourrés frissonnants brillaient de lucioles Et le souffle embaumé de la brise mêlait Les chansons de la mer à la voix des violes.
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