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1897

LE DIEU MORT

Pierre QUILLARD

Une étoile, une seule étoile. O funérailles Royales ! solitude où la gloire mourait Sur un bûcher perdu derrière la forêt, A l'écart des drapeaux, du glaive et des batailles.

Le héros s'en allait sans pourpre, enseveli Dans une soie éteinte et dans les tresses rousses Des captives et des amantes : lèvres douces Et voraces, vous qui buviez le sang pâli,

Vers quels baisers souriez-vous ? Vers quelles fêtes Sonne déjà l'appel de vos chants oublieux ? Ah, mensongères ! pour des larmes en vos yeux, Il fallait l'apparat de célèbres défaites

Et l'horreur des clairons déchirant le ciel noir, Pour tordre avec des cris de pleureuses louées Vos corps, mimes en deuil sous le vol des nuées, Parmi la rouge odeur des torches dans le soir.

Mais nul regard viril n'a, du haut des murailles, Avidement cueilli la fleur de vos bras nus : Vous avez fui. Le roi ne s'éveillera plus. Une étoile, une seule étoile. O funérailles.

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