Sous cette roche en pleurs où dort la femme nue,
Nuage d'aube éparse en la menteuse nuit,
Le chèvre-pieds regarde à travers l'eau qui flue
Les lointaines maisons de labeur et de bruit.
Les tristes paysans se penchent vers la glèbe
Pour un baiser de serfs et de jaloux amants
Dont la bouche haineuse évoque de l'Érèbe
L'or futur des épis et des riches froments.
Avares de moissons qui fatiguent les granges,
Ils méprisent l'aurore et les soleils couchants
Et leur oreille est close aux paroles étranges
Qui montent des taillis, des sources et des champs ;
Et la charrue, avec les jours et les années,
Impitoyable au deuil des bois mystérieux
Offense la beauté des forêts profanées
Où rôdaient librement les fauves et les dieux.
Mais le sylvain survit à la sylve abattue ;
Dans l'antre encor voilé de feuillage, sa chair
Immortelle, à travers les siècles, perpétue
Le grand frisson d'amour qui fait tressaillir l'air ;
Et dans les flancs d'une passante solitaire
Il sème au chant des eaux et des rameaux flottants
Des fils aventureux affranchis de la terre
En qui bout la jeunesse héroïque des temps.