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1897

LA PEUR D'AIMER

Pierre QUILLARD

La Bête monstrueuse et le bon Chevalier Ont lutté tout le jour : le dragon mort distille Un suprême venin sur le sable infertile, Et le triomphateur entre dans le hallier.

Il va, les yeux hagards d'un songe familier : Là-bas, le palais d'or miraculeux rutile Et la princesse rêve, en sa grâce inutile, A l'amant inconnu qui la doit éveiller.

Mais lorsque le vainqueur de l'hydre et des licornes Vit, après le bois sombre et les escaliers mornes, La vierge aux cheveux blonds comme un soleil d'Avril Dans la jeune splendeur de sa puberté mûre,

L'angoisse de l'amour mordit son cœur viril Et sa chair de héros trembla, sous son armure.

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LA PEUR D'AIMER · Pierre QUILLARD · Poetry Cove