Triste comme la mer et la chanson des syrtes,
Le vent lourd de sanglots pleure dans la forêt ;
Un troupeau d'ombres va, paraît, et disparaît
Par les bois souterrains et les bosquets de myrtes.
Défaillant dans l'horreur d'un ciel ensanglanté,
Le soleil infernal baigne le pâle espace ;
Un troupeau d'ombres vient, revient, passe et repasse
En sa mélancolique et tremblante clarté ;
Et ce sont à travers les routes d'asphodèle
Les fantômes hagards, pleins de larmes et lents
Dont les glaives d'amour ont déchiré les flancs :
La mort n'a point fermé leur blessure immortelle,
Le sommeil sépulcral a leurré leurs yeux las
Et l'âpre souvenir survivant à la tombe
Tel qu'un vin corrosif, goutte par goutte, tombe
Dans leur cœur ulcéré qui ne guérira pas.