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1897

LA MORT INUTILE

Pierre QUILLARD

Triste comme la mer et la chanson des syrtes, Le vent lourd de sanglots pleure dans la forêt ; Un troupeau d'ombres va, paraît, et disparaît Par les bois souterrains et les bosquets de myrtes.

Défaillant dans l'horreur d'un ciel ensanglanté, Le soleil infernal baigne le pâle espace ; Un troupeau d'ombres vient, revient, passe et repasse En sa mélancolique et tremblante clarté ;

Et ce sont à travers les routes d'asphodèle Les fantômes hagards, pleins de larmes et lents Dont les glaives d'amour ont déchiré les flancs : La mort n'a point fermé leur blessure immortelle,

Le sommeil sépulcral a leurré leurs yeux las Et l'âpre souvenir survivant à la tombe Tel qu'un vin corrosif, goutte par goutte, tombe Dans leur cœur ulcéré qui ne guérira pas.

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LA MORT INUTILE · Pierre QUILLARD · Poetry Cove