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1897

L'ASCÈTE

Pierre QUILLARD

Après le jour de flamme et le labeur amer, L'ascète hiératique accroupi sur la grève Entendait résonner une harpe de rêve Et son maigre lion dormait près de la mer.

Ni voix ni glissement des barques ou des ailes Ne troublaient le silence effrayant et la paix Du morne crépuscule épars dans l'air épais, Et la bête songeait aux viandes des gazelles.

Mais l'homme dédaignant la tristesse du soir, Consumé d'une soif que rien ne désaltère Et que n'apaisent pas les coupes de la terre, Regardait le soleil rougir l'horizon noir.

Et voyait, en un ciel de pourpre et d'hyacinthe, Les pieds cloués, la chair tachant l'horrible croix, Le Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, Roi des rois, Sinistrement saigner sur la montagne sainte.

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L'ASCÈTE · Pierre QUILLARD · Poetry Cove