Parmi les âcres fleurs des lauriers, cette voix
Évocatrice en nous de gloire révolue
Émanait de la mer, du soir et d'autrefois :
«Enfants tristes, penchés vers l'ombre, l'ombre afflue
Et monte jusqu'à vos lèvres avec les flots
Dont vous enivriez votre âme irrésolue.
La séculaire nuit opprime vos yeux clos,
Enfants tristes, et vos poitrines lacérées
Se gonflent lâchement de stériles sanglots.
Si votre bouche a soif des aubes empourprées
Et du sang lumineux qui sacre le matin
Quel sortilège encor vous attrait aux vesprées ?
D'un geste, dans la nuit, décisif et hautain,
Reniez le poison des ondes léthéennes
Et marchez sans retour vers un autre destin.»
Frénétiques, hors des ténèbres anciennes
Nous avons fait jaillir dans le ciel morne et noir
Une farouche aurore à la cime des chênes,
Et dociles au cri de désir et d'espoir,
Nous respirons les roses rouges de la joie,
Depuis que déjouant les embûches du soir
La torche avec l'épée à notre poing flamboie.