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1897

CHAMBRE D'AMOUR

Pierre QUILLARD

La nuit tiède est clémente à la ville qui dort ; Des lys impérieux triomphent dans la chambre Et cependant nos cœurs sont froids comme Décembre Et nos baisers d'amours amers comme la mort.

Ta douce bouche s'ouvre à des chansons mièvres Et tes seins bienveillants accueillent mon front las ; Mais, ô ma douloureuse enfant, je ne sais pas Pourquoi les dieux mauvais empoisonnent nos lèvres.

Qu'importe ? viens vers moi, triste sœur ; aimons-nous, Sans craindre la saveur glorieuse des larmes, Tels des héros blessés avec leurs propres armes Et dont le glaive d'or a rompu les genoux.

Viens ! nous aurons l'orgueil des âmes taciturnes En cette chambre morne et veuve de flambeaux, Où, semblable à l'odeur des antiques tombeaux, Un parfum sépulcral monte des lys nocturnes.

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