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1887

VENTRE CREUX

Eugène POTTIER

J'ai faim, disait Ventre creux Devenu sceptique, Je suis las des fruits véreux De la politique.

Tiens ! je paie assez Les vieux pots cassés. Les partis Sont petits.

Chacun a sa bande, J'aime mieux la viande ! Peuple, me dit en tout lieu Roi qui sollicite,

On ne fait bon pot-au-feu Que dans ma marmite. — Mais, grugeur d'impôt, De ta poule au pot

Lorsque j'ai L'os rongé, C'est par contrebande, J'aime mieux la viande !

Un gras marguillier sans fiel, Monsieur Durosaire, Me dit : Tu gagnes le ciel. Bénis ta misère.

— Quoi ! pour mon salut Ce jeûne absolu, C'est très bien, Très chrétien !

Que Dieu vous le rende, J'aime mieux la viande ! Un meneur fort amical Me dit : Prolétaire,

Prends un Bourgeois radical Pour ton mandataire. — Tout Bourgeois, mon cher, Nourri de ma chair,

Sur mon gain, Sur ma faim Touche un dividende, J'aime mieux la viande !

Pour qui ces torches là-bas, Ces prêtres bizarres ? Quel est ce dieu ? — le bœuf gras ! Sonnez les fanfares !

Animal divin, Terrassant la faim, Tu nourris Nos esprits.

Que chacun m'entende ! J'aime mieux la viande !

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