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1887

LE FILS DE LA FANGE

Eugène POTTIER

Elle traîne à demi rongée Sa vieillesse de dix-sept ans ; Sa robe de haillons frangée, Ses bas troués, ses seins pendants.

Du tapis franc, c'est la femelle. Eh quoi ! cette éponge à vin bleu, Cette fille, cette femelle, Elle est enceinte ! ah ! nom de Dieu !

Pauvre petit être Que rien ne défend, Eh quoi ! tu vas naître Comme un autre enfant ?

Ta mère, inscrite à la police, Lasse de sa maternité, Va mettre bas dans un hospice Ta jeune âme et ton sang gâté.

Tu ne sauras rien de ton père : Le vice en rut, le hasard gris, Un soir, ont payé pour te faire, Quelques sous pleins de vert-de-gris.

Maraudant l'ordure à la halle, T'abrutissant par l'alcool, Tu seras l'enfant de la balle, Du vagabondage et du vol.

On t'ouvrira le séminaire De l'escarpe et du chourineur, Des élèves de Lacenaire T'enseigneront le point d'honneur.

Au crime tout te prédestine. Frère ! les mains rouges de sang, Si tu meurs sur la guillotine, Nul ne s'en peut croire innocent.

Tu vas où ton milieu te pousse, Fils de la Fange, sang gâté, Ah ! qu'au moins ta vie éclabousse Le front de la société !

Pauvre petit être Que rien ne défend Eh quoi ! tu vas naître Comme un autre enfant ?

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