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1887

JUIN 1848

Eugène POTTIER

Il faut mourir ! mourons ! c'est notre faute ! Courbons la tête et croisons-nous les bras ! Notre salaire est la vie, on nous l'ôte, Nous n'avons plus droit de vivre ici-bas !

Allons nous-en ! mourons de bonne grâce, Nous gênons ceux qui peuvent se nourrir. A ce banquet nous n'avons pas de place. Il faut mourir !

Frères, il faut mourir ! Il faut mourir ! plus de travail au monde. Quoi ? l'atelier ? la machine à vapeur, Les champs, la ville et le soleil et l'onde

Sont arrêtés ? l'argent vient d'avoir peur. L'entraille chôme et la baisse ou la hausse Glace la veine où le sang veut courir, Sans un outil pour creuser notre fosse.

Il faut mourir ! Frères ! il faut mourir ! Il faut mourir ! mais les blés sont superbes ! Il faut mourir ! mais le raison mûrit.

Il faut mourir ! mais l'insecte des herbes Trouble le gîte et le grain qui nourrit. Le ciel s'étend sur toute créature, En est-il donc qui naissent pour souffrir ?

Sous les scellés qui donc tient la nature ? Il faut mourir ! Frères ! il faut mourir ! Le désespoir a vidé la mamelle.

Ne tette plus ! Meurs ! petit citoyen. Ton père eut tort, ta mère est criminelle, On ne fait pas d'enfant quand on n'a rien. La fièvre gagne et le faubourg s'irrite !

Venez fusils, canons, venez guérir, La mort de faim ne va pas assez vite ! Il faut mourir ! Frères ! il faut mourir !

Allons, misère, à tes rangs, bas les armes ! Qu'à pleine rue on nous achève enfin. Femmes, venez, pas de cris, pas de larmes ! Enfants, venez, puisque vous avez faim.

Tueurs en chef, achevez la campagne, Puisse avec nous notre race périr ! Au travailleurs ne léguons pas le bagne. Il faut mourir !

Frères ! il faut mourir !

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JUIN 1848 · Eugène POTTIER · Poetry Cove