J'entends les plaisants répéter : Que dit le pain quand on le coupe ? Bien aisé serait d'écouter. Rien d'éloquent comme la soupe.
Fleur de froment ou sarrasin A notre estomac qu'il convie, Savez-vous ce que dit le pain ? Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : «Mangez, je suis la vie !» Qui sait ce que coûte le blé, Hors les bœufs reprenant haleine Et l'homme au visage brûlé
Qui creuse un sillon dans la plaine ? Au grand monde inutile et vain Qui, sans travailler le savoure, Savez-vous ce que dit le pain ?
Savez-vous ce que dit le pain ? Il dit : «Gloire au bras qui laboure !» Le progrès veut nos dévouements, But large impose tâche amère.
Hélas ! tous les enfantements Font saigner les flancs de la mère. Pour stimuler l'effort humain, Pour retremper une âme veule,
Savez-vous ce que dit le pain ? Savez-vous ce que dit le pain ? Il dit : «J'ai passé sous la meule !» Travailleur, quand verras-tu clair ?
Ta boulangère est dame Usure : Mais pas plus que le jour et l'air Le pain ne veut qu'on le mesure. Au long vertige de la faim,
Quand la misère est condamnée, Savez-vous ce que dit le pain ? Savez-vous ce que dit le pain ? Il dit : «Fais ta grande fournée !»
Nous pompons nos gouttes de sang Dans les sucs de la nourriture ; Notre corps, toujours renaissant, S'assimile ainsi la nature.
Quand il devient par cet hymen Cerveau qui médite et chair rose, Savez-vous ce que dit le pain ? Savez-vous ce que dit le pain ?
Il dit : «C'est mon apothéose !»
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