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1887

ABONDANCE

Eugène POTTIER

Toute une mer d'épis ondule et les sillons Portent à la famine un défi ; l'été brille, De chauds aromes d'ambre emplissent les rayons ; Les blés mûrs, pleins et lourds, attendent la faucille.

Les moineaux, les mulots festinent ; les grillons Poussent un chœur strident comme un feu qui pétille. La brute semble croire à ce que nous croyons, On entend tout chanter l'Abondance en famille.

Du sein de la nourrice, il coule en ce beau jour Une inondation d'existence et d'amour. Tout est fécondité, tout pullule et foisonne ! Mais, rentrant au faubourg, mon pied heurte en chemin

Un enfant et sa mère en haillons ! — morts de faim ! Qu'en dites-vous, blés mûrs, et qui donc vous moissonne ?

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