La jeune reine de Hollande Serait, à ce qu’on dit, gourmande, Sans choir dans les pires excès D’une voracité vulgaire.
Voilà qui ne m’étonne guère ; Car, aussi bien, je me disais — Sauf son respect — que si moi-même, Moine quelque peu de Thélème,
Tant sobre jadis, qui depuis !… Si, me disais-je, pauvre ivrogne, Je n’ai pas obtenu ma trogne En léchant des cordes à puits ;
De même, elle, si grassouillette, Si bien en point, si vermeillette, Je veux croire que ce n’est pas D’un hareng-saur, d’une sardine,
Qu’elle déjeune et qu’elle dîne. Elle fait donc ses six repas, Par jour ! Et l’on la dit friande De saine et de robuste viande,
— Sans croire pour cela déchoir — En l’arrosant de vin de France, Qu’elle absorbe, de préférence, Pur, le matin, sans eau, le soir,
Ainsi que fait toute personne Digne de ce nom, qui raisonne, Aimant la table et son confort. Et, qu’est-ce donc que l’on m’assure
C’est, qu’au dessert elle se cure Les dents avec un pied de porc… Mais sans doute l’on exagère. Qui veut, parlant à la légère,
Trop prouver, il ne prouve rien. Quoi qu’il en soit, ce fier régime Me paraît excellentissime, Car elle se porte fort bien.
Et, qui l’en blâmerait, la chère Enfant, d’aimer la bonne chère ?… Ces conducteurs de nations, Ces chefs d’État et ces dynastes,
Malgré leurs pompes et leurs fastes. Ont-ils tant de distractions ? En définitive, j’estime Qu’un monarque est plus magnanime,
Qui jouit d’un bon appétit ; Cependant que d’un autre prince, N’ayant qu’un estomac fort mince, Je me méfierais un petit !
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