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1920

PROPOS DE CARÊME

Raoul PONCHON

Ce n’est pas un travail de nègre, Pour l’estomac, de faire maigre, De temps en temps. De plus, disons Qu’il le faut. De même qu’il urge

Paraît-il, de prendre une purge, À chaque retour des saisons. Ainsi donc, ce jeûne est conforme À la santé comme à la norme.

Outre — j’en appelle à Comus — Qu’avec les seuls mets qu’autorise Notre sainte mère l’Église, On peut faire un vrai Lucullus.

Mais il est de ces rigoristes Qui, plus que le Pape papistes, Se laisseraient hacher menu, Plutôt que de mettre autre chose

Qu’une arêteuse et maigre alose, Une brême sur leur menu. Or, se contenter d’une brême, C’est exagérer le Carême.

Je m’en rapporte à mon curé. L’Église n’est pas si sévère. Et je suis sûr que Dieu le Père Ne leur en sait même aucun gré.

À côté de ces « pochetées » Par contre, il est de ces athées Intransigeants (oh ! c’est leur droit. Assurément) qui, par système,

Font gras pendant tout le carême En vérité, le bel exploit ! On voit même quelques fumistes, Ichthyophages… légumistes,

Par ordre de leur médecin, Ou simplement par hygiène, Qui viandaillent comme des hyènes, Le seul jour du Vendredi-Saint !

Et remarquez bien qu’ils croient faire Un beau geste, d’un goût sévère, Alors que toi, tu les plaindras ; Car, ces esprits forts en délire !

Du Vendredi-Saint, à vrai dire, Ne font-il pas un Mardi-Gras !

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